Le streaming a sauvé l'industrie du piratage, mais paie les artistes à un taux dérisoire. Nuance entre le chiffre d'affaires global et la rémunération réelle — et pourquoi une partie du public revient au fichier possédé.
Ce que le streaming a sauvé
Au milieu des années 2000, l'industrie du disque s'effondrait sous le poids du piratage. Le streaming a inversé la courbe : le marché enregistré repart, les revenus globaux atteignent des sommets. Sur ce point, le streaming est un succès.
Ce que le streaming a transformé
La rémunération à la piste change la valeur d'une écoute. Un morceau écouté des millions de fois rapporte à l'artiste une fraction de centime par écoute, dont une part encore est prélevée par les intermédiaires. Pour l'artiste du milieu, vivre du streaming seul est devenu quasi impossible ; la tournée et le merchandising font le reste.
La concentration
Quelques plateformes concentrent l'essentiel des écoutes. Un artiste retiré d'un catalogue majeur disparaît presque. Cette dépendance concentre le pouvoir et fragilise la diversité : l'algorithme pousse le court, le formaté, le prévisible.
Le retour du possédé
C'est là que je me reconnais. J'ai plus de 12 000 morceaux sur un iPod Classic, et aucune envie de dépendre d'un abonnement qui pourrait retirer mes titres demain. Face au streaming, une partie du public revient à la possession : vinyle, cassette, mais aussi MP3 et baladeurs. Posséder ses morceaux, c'est s'affranchir du retrait d'un catalogue, de la pub insérée au milieu d'un album, et de l'algorithme qui décide à votre place.
Nuance
Non, le streaming ne « détruit » pas la musique : il l'a rendue accessible à un prix imbattable et a fait revenir des revenus. Mais il a déplacé la valeur du côté des plateformes et des tournées, au détriment de l'enregistrement pour l'artiste moyen. Le débat n'est pas streaming contre possession : c'est la coexistence des deux qui redonne de l'équilibre.


